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 La détenue

Dans ces caves humides et moisies, on entend presque les murs crier, parmi les traces de sang et de plaies restées collées dans les interstices. Comme n’importe quel journaliste ou photographe détenu dans l’une des cellules alignées au fond de ces caves, on émet les vœux les plus impossibles et fous, comme celui d’avoir avec soi un petit appareil photo. Peut-être que si l’on avait su que l’on allait se retrouver entre ces murs ce jour-là, on en aurait dissimulé un dans ses entrailles ou derrière ses pupilles, tout en sachant très bien que chaque pore de sa peau aurait été examiné avant de franchir ces portes. Désormais, on est détenu et l’on subit la torture la plus horrible qui soit. 

 

Nombreuses sont les images de cette période qui restent gravées dans ma mémoire. Parmi celles que j’ai pu apercevoir depuis les fissures de la porte de ma cellule, il y a cette jeune femme balancée dans le couloir où les détenus subissent habituellement la torture. Je ressens une profonde douleur à observer ses souffrances et entendre ses cris emplis de force et de ressentiment. Mes sentiments sont indescriptibles devant cette jeune femme que je ne connais pas, et dont je n’ai jamais connu l’identité, alors que les geôliers la torturent à tour de rôle et lorgnent son corps avec délectation. 

 

Ici à Paris, j’ai rencontré Maryam, une amie également détenue en Syrie, mais dans un autre lieu et à un autre moment. Comme deux amis ayant vécu la même expérience, nous nous sommes raconté nos détentions, et les images de cette détenue inconnue ont alors ressurgi en ma mémoire. J’ai proposé à Maryam de photographier les scènes de torture qu’elle avait pu elle-même subir. Ces photographies que Maryam et moi avons pu saisir tentent de reproduire la douleur et la souffrance éprouvées dans ces lieux.

Ces photographies ont fait l’objet d’une exposition à la galerie Europia sur le thème de l’empathie (Paris, octobre 2018).